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Que faire des dessins des enfants quand la pile déborde

Un enfant produit des centaines de dessins. Voici que faire des dessins des enfants sans tout garder ni tout jeter, et comment en garder une trace qui tiendra.

Publié le · 4 min de lecture

Personne n’ose le dire, alors je le dis : vous n’allez pas tout garder.

Un enfant scolarisé rapporte entre cent cinquante et trois cents dessins, peintures et collages par an. Sur quatre enfants et dix ans, ça fait plusieurs milliers de feuilles A4, et aucune maison normale ne les absorbe. Le tri n’est pas une trahison, c’est la condition pour que ce qui reste ait un sens.

Voici la méthode que j’applique, dans l’ordre.

1. Décider quoi faire des dessins des enfants avant que la pile décide pour vous

Le piège n’est pas l’accumulation, c’est le report. On empile dans un carton « en attendant », le carton devient inatteignable, et un jour on jette tout d’un coup parce qu’on déménage.

Fixez plutôt une règle physique : une boîte, une seule, de la taille d’un carton à archives. Quand elle est pleine, on trie. Pas quand on aura le temps.

2. Trier à trois catégories, jamais deux

Le tri binaire garder ou jeter ne fonctionne pas, parce qu’il rend chaque décision douloureuse. Trois catégories débloquent tout.

On garde en vrai. Les dessins qui ont une histoire, une première fois, un bonhomme têtard qui devient un bonhomme. Dix à vingt par an et par enfant, pas plus.

On garde en image. Tout ce qui fait plaisir à revoir sans mériter de la place. C’est le gros du lot, et c’est là que le numérique sert.

On laisse partir. Les dix-septièmes coloriages du même modèle, les feuilles à moitié faites, les gribouillis de fin de journée. Il en faut, sinon les deux autres catégories ne veulent rien dire.

3. Photographier correctement, une fois

C’est l’étape que tout le monde bâcle, et c’est celle qui décide si vous regarderez ces images dans dix ans.

À plat, sans plis. Posez la feuille sur une table, pas sur la moquette, et écrasez les plis avant de photographier.

Lumière du jour indirecte. Près d’une fenêtre, jamais en plein soleil et jamais au plafonnier qui jaunit tout. Le flash écrase le relief du crayon.

À la verticale au-dessus. L’appareil parallèle à la feuille, pas de biais. Un dessin photographié de travers devient un trapèze qu’aucun recadrage ne rattrape complètement.

Cadrez la feuille entière. Bords compris. Une feuille pliée, déchirée ou jaunie fait partie de l’objet, et recadrer sur le seul dessin supprime ce qui date le souvenir.

Ne corrigez pas la couleur du papier. Le papier kraft est kraft, le papier gris est gris. Les filtres qui blanchissent tout font disparaître le support.

4. Nommer, sinon rien n’est retrouvable

Une photo de dessin sans nom est une photo perdue. Il faut trois informations, et elles tiennent en une ligne.

Le prénom de l’enfant, la date même approximative, et un titre. Le titre, demandez-le à l’enfant : c’est plus juste que ce que vous auriez inventé, et souvent plus drôle.

L’âge se déduit de la date, donc ne le notez pas. Notez la date.

5. Enregistrer la voix, tant qu’il y a une voix

C’est le conseil le plus sous-estimé de cette liste, et le seul qui devienne impossible à rattraper.

Demandez à l’enfant de raconter son dessin et enregistrez-le. Vingt secondes suffisent. Ce qu’il représente, qui est le personnage à gauche, pourquoi le ciel est vert.

Dans dix ans, le dessin vous rappellera quelque chose. La voix de vos enfants à quatre ans, non : elle aura complètement disparu de votre mémoire, et c’est elle qui vous mettra par terre.

6. Faire sortir une sélection du disque dur

Un fichier que personne n’ouvre n’est pas un souvenir, c’est une sauvegarde.

Une fois par an, sortez-en quelque chose de physique : un tirage encadré, un poster qui rassemble douze dessins de l’année, un petit livre. Ça coûte entre vingt-cinq et cinquante euros, et ça vaut mieux que trois mille fichiers que personne ne regardera jamais.

C’est aussi ce qui rend le tri de l’étape 2 supportable : on laisse partir les originaux plus facilement quand la sélection existe ailleurs, sous une forme qu’on peut accrocher.

7. Et les grands-parents

Ils en veulent, et l’envoi au coup par coup par messagerie finit toujours par s’arrêter.

Le bon réglage est de leur donner un accès permanent plutôt qu’un envoi ponctuel : un album partagé, un lien privé, quelque chose qu’ils ouvrent quand ils y pensent et qui se remplit tout seul. Ça supprime la corvée d’envoyer et la culpabilité de ne pas l’avoir fait.

Tenir tout ça sans y penser

Les sept étapes se font à la main, avec l’appareil photo de l’iPhone et un dossier bien nommé.

C’est aussi le problème que j’ai voulu régler avec Minot : un appareil guidé qui redresse la feuille sans recolorer le papier, un cartel avec le titre, l’artiste et la date, un enregistrement de la voix attaché à chaque dessin, et une galerie privée que les grands-parents ouvrent avec un code. Les tirages et les livres se préparent depuis la même application.

Mais commencez par la boîte et les trois catégories. C’est là que tout se joue.

Écrit par

Teddy

J'ai 37 ans, je vis en Bretagne et je passe mes soirées à concevoir des applications iPhone. J'écris ici ce que j'apprends en les fabriquant, sans enjoliver les parties qui coincent.

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